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La Fédération jurassienne

 

L'Association Internationale des Travailleurs (AIT) se fonde en 1864. Très vite des sections se créent à la Chaux-de-Fonds, au Locle, à Saint-Imier et dans le reste du Jura suisse.

Beaucoup d'ouvriers qui y adhèrent sont encore des travailleurs à domicile. Ils ont le goût de la lecture et de l'indépendance. Lorsqu'en 1869 Bakounine vient dans la région, leur rencontre n'est pas sans conséquence. La convergence d'idées qu'ils découvrent va faire de la Fédération jurassienne le pôle libertaire de l'AIT qui s'oppose à la tendance Marxiste. Excédé par cette opposition, Marx fait tout ce qu'il peut pour éliminer ce courant.

En 1872, il croit bien y parvenir. Au congrès de La Haye, il réussit à faire venir un maximum de délégués qui lui sont acquis, dont certains sont sensés représenter des sections qui s'avèrent inexistantes. Grâce à cette majorité factice il fait voter l'exclusion de Bakounine et James Guillaume, et manque de quelques voix pour celle d'Adhémar Schwitzguébel, tous délégués du Jura. Scandalisées, les sections de tendance anti-autoritaire de l'AIT, notamment d'Espagne, d'Italie, de France, de Belgique, des USA, organisent un congrès à Saint-Imier où les résolution prises seront clairement libertaires. L'AIT anti-autoritaire survivra à la branche marxiste jusqu'à la fin du siècle.

 

James Guillaume Adhémar Schwitzguébel Michel Bakounine

 


 

Restaurant de la Clef à St-Imier. Lieu de rencontre

des anarchistes de la Fédération Jurassienne.

 

Souvenir d'un ancien membre d'Espace Noir

 

Je me souviens de février 1988: annonce des restructurations SMH. Déplacement de cent cinquante postes de travail à Bienne, Longines continue à se désagréger. En 1968, l'usine occupait plus de mille personnes, ce nombre tombera bientôt à trois cents à peine.


Mais voilà, il ne s'agit pas de nombre, mais d'individus, d'existences... et pour la première fois depuis longtemps, une véritable mobilisation semble se dessiner.


Affiches, tracts, articles dans la presse régionale, contact permanent avec le syndicat FTMH, drapeau noir flottant sur le bâtiment, on ne dort plus guère à Espace Noir. Dès le 15 du mois, au sous-sol, le théâtre devient le lieu de rencontre des ouvriers Longines en colère. Meetings répétés pour comprendre, pour décider d'une action. Un soir, salle bondée, sur la scène, le secrétaire du syndicat explique, soudain des voix viennent l'interrompre:

- Nous n'avons plus rien à perdre. La grève tout de suite !


Le secrétaire tente de reprendre le fil dans un brouhaha désapprobateur, il redit la convention... on est dans une séance convoquée par le syndicat, lequel ne peut appeler à la grève. Rien n'y fait: "la grève !". Alors, à bout d'arguments - et secrètement content d'y être:

- Si vous décidez la grève, alors je sors de la salle, faites-le entre vous, hors séance syndicale !


Autre soir, celui de la grande manifestation organisée par la convention. Il neige, trois mille personnes sont dans la rue, torches flambantes. Interminable colonne encadrée par les membres des autorités - leur science à empêcher les manifestations trouve ici un contre emploi. Nous sommes vidés, la nuit précédente s'est passée à réaliser les grands calicots qui flottent sur le cortège, et déjà l'amertume gagne. Immense cortège funèbre.


Maurice Born