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Des le 13.06.2019 au 13.06.2019
Écologie sociale & municipalisme libertaire. V.Gerber 
 

Description

Qui est Murray Bookchin ? Qu'est ce que l'écologie sociale ? Et le municipalisme libertaire ? Comment peut-on le penser et l'expérimenter au 21ème siècle, en Suisse comme ailleurs ?

Vincent Gerber, historien de formation et fondateur de la plateforme internet www.ecologiesociale.ch , sera présent le jeudi 13 juin à 20:00 à Espace Noir pour répondre à ces questions. Venez nombreuses et nombreux, avec vos questions !

L’écologie sociale

Parmi les divers penseurs qui ont contribué au développement du mouvement écologiste, l’Etats-unien Murray Bookchin fait partie de ceux qui sont allés les plus loin dans le développement d’un projet de société écologique, politique, social et philosophique cohérent, auquel il a donné le nom d’écologie sociale. 

L’écologie sociale est avant tout un projet de refonte de notre société. Elle revoit les fondements mêmes de nos institutions afin de les rendre plus écologiques, démocratiques, égalitaires et éthiques. Elle aspire à présenter une société avant tout libérée des dominations, guidée par la raison et basée sur des valeurs réconciliant la société avec la nature de même que l’être humain avec lui-même et sa nature propre. Une société qui dépasserait ce qui est pour tendre vers ce qui devrait être.

Les théories partent du lien fondamental entre problèmes écologiques et problèmes sociaux. La domination de la nature, responsable des problèmes actuels, découle selon l’écologie sociale de la domination de l’humain sur l’humain et ce n’est qu’en résolvant les deux conjointement que l’on parviendra à les résoudre. Cette théorie se veut humaniste et écologiste, c’est à dire qu’elle croît dans les capacités de raison de l’espèce humaine, qui doivent être retrouvées et développées, sur l’implication de ses choix sur la biosphère et donc son rôle à jouer dans la crise écologique. L’écologie sociale fait le projet d’amener chacun à retrouver sa capacité à agir, à diriger la société dans laquelle il vit, et non plus la subir passivement. Les hommes et les femmes, considérés comme capables et responsables, doivent reprendre en main la gestion de leur environnement local, de ce qui les concerne.

Au final, l’écologie sociale cherche l’établissement d’une société écologique, libre (c’est-à-dire ayant aboli les principes de hiérarchies et de dominations), rationnelle et organique (où chaque part à une place et forme un tout cohérent), consciente d’elle-même et de son action. Elle promeut l’idée de l’apport de la diversité, de cette « complexité » positive, qui apporte un gain réel à l’ensemble face à l’uniformisation et la simplification de nos cultures. On retrouve chez elle  des principes traditionnels tels que « à chacun selon ses besoins, de chacun selon ses moyens », de « l’unité dans la diversité » ainsi que de « l’égalité des inégaux ».

Une société d’écologie sociale s’articule autour des points suivants :

la décentralisation
L’écologie sociale prône un retour au local, à l’environnement naturel et social présent autour de soi. Elle propose une décentralisation à différents niveaux : géographique (retour au local) et politique (prise de décisions à partir du bas) principalement. Le lieu de vie et l’ensemble politique le plus proche de nous, nommé ici la commune, devrait rassembler les besoins élémentaires nécessaires à la vie de tous les jours (approvisionnement alimentaire, énergie, infrastructures scolaires, postales, etc.) plutôt qu’être centralisés dans des lieux uniques et de grande importance.  En revanche, les structures importantes (hôpitaux, universités, etc.) doivent être partagées pour un meilleur usage. Ce retour au local ne permet pas seulement de limiter les transports, il permet surtout une meilleure gestion (en raison de leur taille humaine) plus écologique (adaptée à l’environnement local et social du lieu). Avec l’avantage de disposer de personnes habitants et travaillant sur place. En revanche, il ne s’agit pas d’une recherche d’autonomie et les échanges (commerciaux, mais pas seulement) entre les communes doivent être maintenus et encouragés. Il y a derrière ce concept de décentralisation, de changer d’échelle, celui, primordial, de dissolution du pouvoir. En empêchant des structures économiques et politiques de se développer à grande échelle, elle assure un contrôle local sur celles-ci et empêche un groupe de dominer.

Une démocratie directe et locale
Alors que la politique est devenue une profession, l’écologie sociale veut en refaire une préoccupation et gestion commune à tous. Elle promeut une société sans classe, mais de citoyens responsables de la gestion de leur commune. En lien avec la décentralisation, l’écologie sociale cherche l’établissement d’un système politique communautaire sous forme d’assemblées populaires (rattachés aux communes) fonctionnant selon un système de démocratie directe en face-à-face et liées entre elles en tant que confédération. Cette confédération communale, appelée « communalisme » ou « municipalisme libertaire », part ainsi du bas, avec différents échelons d’assemblées régionales. Aux assemblées régionales et plus larges sont envoyés des délégués des assemblées communales, révocables, avec un mandat impératif leur imposant de défendre la prise de position, à la majorité, de la commune sur les questions abordées.

Une économie morale et municipalisée
Il faut un retour à une société humaine plutôt qu’à une société de marché. Aux velléités de croissance économiques, de la production pour la production et à la consommation détachée des besoins réels, l’écologie sociale prône une vision morale de l’économie, gérée par en assemblées populaires par les citoyens, avec une gestion des ressources à disposition pour apporter à chacun ce dont il a besoin pour une vie décente sans porter atteinte à la nature. Surtout, elle prône la suppression du luxe inutile, du marketing, de la bureaucratie, de tous les métiers dévoués uniquement à l’économie (gestion de fortune, traders, etc.). Epurer le monde économique du travail des dérives de la compétition et relier l’économie réelle aux besoins reels permettrait de libérer des ressources et de la force de travail pour diminuer les heures de travail de façon significative et apporter à chacun ce minimum vital nécessaire.

des éco-technologies libératrices
L’écologie sociale ne s’oppose pas au progrès technologique mais prône un développement moral de celui, soit une réappropriation par l’être humain du contrôle sur la technologie. Les techniques doivent sortir l’être humain de l’aliénation, servir à le libérer au lieu de le dominer et l’en rendre dépendant. Toute technologie doit être pensée en fonction de son impact sur la nature et la société en général. Surtout, les possibilités écologiques en matière de production (d’énergie notamment) doivent être développées, décentralisées pour permettre leur utilisation. La recherche doit aller dans ce sens, toujours en se posant la question éthique : Pourquoi le faire ? Quelles en sont les répercussions ?

une réhumanisation de l’être humain
L’être humain, dans l’optique de l’écologie sociale, doit retrouver une place dans la nature qui permette son développement et son bonheur au niveau psychologique, physique et social, sans porter atteinte à l’environnement. Le stress résultant de l’accélération de nos modes de vie doit être combattu, tout comme la soumission et la passivité résultant de la société de masse actuelle. A l’inverse, le temps libre, le développement personnel ainsi que l’implication dans son lieu de vie doit devenir une fin en soi.

une méthode pour le changement
Une des particularités de l’écologie sociale tient dans son projet de mise en place d’une telle société. Désirant changer en profondeur la société occidentale actuelle, en revoir les bases mêmes pour la construire sur des bases plus saines, elle s’affiche comme révolutionnaire. L’écologie sociale considère à cette fin que les institutions libératrices souhaitées doivent être mises en place avant que la chute du système ne soit provoquée, de façon à ce que la société qui en ressort ne soit pas livrée à elle-même, voire récupérée. Elle revoit donc le concept d’insurrection lié à la révolution pour celui d’une reconstruction de la société à l’intérieur de celle-ci, amenant des bases permettant de renverser, probablement symboliquement, le modèle de société dominant.

Vincent Gerber

Le municipalisme libertaire

On reproche régulièrement aux partageux de critiquer sans proposer. Le municipalisme libertaire (ou communalisme), né au début des années 1970 sous la plume de l’écologiste états-unien Murray Bookchin, constitue pourtant l’un des projets de société les plus structurés au sein du mouvement anticapitaliste. Mais un projet méconnu.

Fort des trois échecs du siècle dernier (le communisme mondial, l’anarchisme local et le réformisme parlementaire), le municipalisme libertaire propose, par un processus révolutionnaire social et écologique, de « remplacer l’État, l’urbanisation, la hiérarchie et le capitalisme par des institutions de démocratie directe et de coopération ». Ce fut l’œuvre de Bookchin ; ce fut même, confia-t-il, le but de son existence et sa seule « raison d’espérer ».

On aurait raison de se méfier des théories radieuses et des horizons clés en main ; on aurait tort de les railler à l’ère du dérèglement climatique, de la sixième extinction de masse, de l’abstention galopante, de la poussée nationaliste, de l’épuisement prochain des réserves de pétrole et de la concentration toujours plus inouïe des richesses — huit personnes sur la planète possédant autant que la moitié la plus pauvre de la population mondiale.

Par Elias Boisjean – du site Ballast

Écologie sociale & municipalisme libertaire. V.Gerber

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